Sur les traces de Marco

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Ce devait être une entrée en douceur dans les Pyrénées, entre Toulouse et Bagnères-de-Bigorre. Une étape faite pour réhabituer les jambes à mouliner des petits braquets. Mais, ce dimanche 13 juillet, les anciens se sont offert une séance de rétropédalage : la victoire de Riccardo Ricco (Saunier Duval) les a propulsés dix ans en arrière.

Les faits Riccardo Ricco positif, son équipe quitte le Tour

Manuel Beltran se sent persécuté »Je ne comprends pas ce qui se passe. Je n’ai rien à cacher », a déclaré Manuel Beltran dans un entretien publié dimanche 13 juillet par le quotidien sportif espagnol Marca. Le coureur espagnol a été exclu du Tour par son équipe Liquigas après la révélation, vendredi 11 juillet, de son contrôle positif à l’érythropoïétine (EPO) à l’issue de la première étape. Citant l’entourage du coureur, le quotidien El Pais, dans son édition dominicale, affirme que Manuel Beltran se sent « victime d’un complot ». « Ils me poursuivent parce que j’ai été avec quelqu’un », aurait-il déclaré en référence à son ancien chef de file, l’Américain Lance Armstrong. Manuel Beltran a couru trois saisons (2003, 2004, 2005) dans l’équipe du septuple vainqueur du Tour.

Dans le col d’Aspin, en deux accélérations fulgurantes, le coureur italien a semé la concurrence comme confettis d’un bal de fête nationale et s’est imposé pour la deuxième fois. « Quand il est parti, j’ai senti le souffle », a expliqué Stéphane Goubert. Observant cette manière de jaillir puis, par à-coups successifs, d’écœurer les suceurs de roue les plus obstinés, on se prenait à voir Marco Pantani se jouer de la pente et de ses adversaires.

Il y a jusqu’au physique, ce corps élancé, comme fondu sous les doigts de Giacometti, cette musculature sèche comme un coup de trique. Le mimétisme est étonnant, même si le temps des casques a remplacé celui des bandanas. Ce n’est pas un hasard : à la maison, Riccardo Ricco se repasse sans cesse les images des ascensions de Marco Pantani. « C’est mon idole, dit-il. Je veux lui ressembler un jour. » Comme le « Pirate », il porte un diamant dans l’oreille quoique l’artifice fasse moins impression sur le blondinet que sur le divin chauve. La légende veut même qu’il coure avec l’autographe du champion dans sa poche. Il habite près de Rimini, là où son modèle résida avant de mourir sordidement, en 2004, d’une overdose dans un hôtel.

Comme son prédécesseur, le jeune coureur – 24 ans – a compris que, pour laisser une trace, le sportif moderne avait besoin, autant que des performances, de se forger une image. Avant même un palmarès, Riccardo Ricco s’est donc établi une réputation. Il fut d’abord le « Feu Follet », sobriquet un peu mou. Il est devenu « le Cobra », en raison de ses attaques vives et mortelles. Le garçon a aimé le surnom au point de l’écrire sur son vélo.

Les médias transalpins se régalent de ces fanfaronnades et de ces saillies. Pour mémoire, on rappellera les plus célèbres : les planqués du peloton traités de « végétaux » ou les coureurs italiens qualifiés de « tournesols », traduire de girouettes. Ces attaques verbales ou à la pédale, son anticonformisme ravissent. « Il n’est pas con, résume Leonardo Piepoli, le coéquipier qui partage sa chambre. Il sait que l’Italie aime ce genre de coureurs. Et c’est bon pour le cyclisme, un garçon comme ça. » « C’est un personnage particulier qui dit toujours ce qu’il pense et qui aime rire », assure Joxean Fernandez, son directeur sportif. Le second degré n’étant pas forcément goûté à sa juste mesure dans le peloton, l’homme s’est assuré de durables détestations.

Riccardo Ricco ne devait pas courir ce Tour de France. Il n’a appris sa sélection que le 25 juin, à dix jours du départ de Brest. Il n’avait plus participé à une compétition depuis la fin du Giro qu’il termina deuxième. Il assure qu’il passait ses journées sur la plage de Rimini, quand il fut appelé par son équipe. Sa devise sur la Grande Boucle se résume donc officiellement à « carpe diem », le Tour au jour le jour.

Sa première apparition dans la Grande Boucle, en 2006, ne laissa guère de souvenirs. Il finira l’épreuve 98e. Riccardo Ricco avait alors la réputation d’un puncher, taillé pour les efforts brefs et violents. Depuis, il s’est fait une réputation d’authentique montagnard, notamment dans le Giro. « Cette dernière décennie, nous n’avons pas vu beaucoup de gars de cette trempe », constate admiratif Joxean Fernandez.

Dix ans, justement, c’est le Tour 1998, la victoire de Marco Pantani mais surtout l’affaire Festina. Le coureur italien sombrera à son tour l’année suivante dans des affaires de dopage. S’ouvrait alors une longue ère de suspicions.

Elle n’épargne pas, aujourd’hui, Riccardo Ricco. Sa mue rapide a suscité les questions. L’homme a un hématocrite (pourcentage de globules rouges dans le sang) très supérieur à la normale, au-delà de 50%, la limite fixée par le règlement. L’Union cycliste internationale (UCI) a conclu à une production naturelle et lui a accordé une aptitude à courir. « Je suis comme ça depuis l’enfance. Ces valeurs ne sont pas normales pour d’autres mais elles le sont pour moi », a expliqué l’Italien. Intriguée, l’Agence française de lutte contre le dopage lui mène pourtant la vie dure et ne cesse de le contrôler depuis le début de la Grande Boucle. Face aux doutes, Sabino Angoita, autre directeur sportif de Saunier Duval, préfère penser que « nous assistons en direct à la naissance d’une étoile ».

Benoît Hopquin