
Des médias moins intéressés
La presse est moins attirée par la Grande Boucle. De nombreux journalistes étrangers sont déjà repartis, d’autres ne sont même pas venus cette année. Le point sur les raisons de cette désaffection.
Castres (Tarn), envoyé spécial.
Jusqu’à ces dernières années, qui entrait pour la première fois dans une salle de presse du Tour de France ne pouvait être qu’étonné par le nombre de dos et de visages tournés vers les écrans de télévision. La salle était comble et les réactions aux commentaires de la Télévision française nombreuses. Une vieille litote opposant les hommes d’image à ceux de l’écrit.
Mais qu’importe, le Tour de France était le marronnier de l’été pour tous et pas question pour les quotidiens nationaux, régionaux, étrangers ou encore les mensuels et hebdos de rater la grande messe de juillet. Tout le monde était à son papier et le crépitement des claviers couvrait le brouhaha des gymnases, halls d’exposition ou autres Palais des Congrès. Les télévisions, les – radios de tous les pays venaient suivre les exploits de leurs héros nationaux respectifs.
Cette année, malgré des chiffres plutôt rassurants fournis par ASO, la société organisatrice du Tour de France – « En 2006, il y avait 1 710 journalistes accrédités pour 617 médias différents et à ce jour 1 843 journalistes sont inscrits pour ce Tour 2007 et représentent 615 médias » -, le sentiment est que certains boudent plus qu’à leur tour l’événement cycliste planétaire.
On en veut pour preuve la décision sans appel des deux télévisions publiques allemande ARD et ZDF qui ont décidé d’arrêter toutes les retransmissions après le nouveau cas de dopage de l’Allemand de la -
T-Mobile Patrik Sinkewitz, alors même qu’elles avaient payé les droits jusqu’à la fin du mois. Un manque à gagner certain alors que les audiences étaient bonnes mais un choix éthique, non dénué de sens.
Bien sûr, tous n’ont pas la même éthique et le désintérêt est plus sportif qu’autre chose, mais ils démontrent tous de par leur attitude que ce sont dorénavant les coureurs et leurs habitudes fraudeuses qui font le Tour de France et non plus l’inverse.
La Gazzetta dello Sport, qui longtemps envoyait trois de ses journalistes n’en n’a plus qu’un sur place et les médias italiens sont moins présents : « Il manque les favoris italiens, cela explique beaucoup de choses », nous dit Franco De Luise, intime des journalistes transalpins. Mais ils ne sont pas les seuls, puisque les Norvégiens, une fois Thor Hushovd en retrait pour les sprints depuis le passage des Alpes, ceux-ci sont presque tous repartis alors qu’ils étaient 32 au départ à Londres.
En outre, depuis hier et l’affaire Rasmussen, c’est la télévision danoise qui, elle aussi, menace de quitter l’épreuve. Le Tour ne se suffit plus à lui-même. Même les Espagnols, pourtant bien fournis en coursiers ibériques, ne constituent plus l’invincible armada qui envahissait la France une fois l’an : « Il y a du football en ce moment chez nous, explique José Luis Urraburu, qui travaille au Diaro Basco Colpisa. Et puis nous n’avons plus un Indurain ou un Olano, alors forcément… » Pour les Américains, il n’en va pas autrement depuis la retraite de Lance Armstrong et le contrôle positif de Floyd Landis : « Beaucoup de mes confrères ne sont pas venus car leurs rédactions ont dit non », explique Sam Abt, un fidèle de l’épreuve et journaliste à l’International Herald Tribune.
Simon Meier, qui travaille au Temps à Genève, va plus loin : « Chez nous, déjà nous essayons de ne pas coller à la route, de ne pas trop parler de la course. Mais en conférence de rédaction avant que l’on parte, la question a été posée de savoir si on devait couvrir cet événement. C’est nouveau ! » Les affaires de dopage, qui secouent le cyclisme et par la force des choses la Grande Boucle, ont non seulement laissé des traces mais sont en train de modifier la façon dont on traite la discipline. « Depuis 1998, on voit apparaître une nouvelle caste de journalistes : les spécialistes du dopage. »
Parle-t-on dès lors de sport ? Les Belges veulent y croire encore : « On ne touche pas au Tour de France chez nous, cela fait partie des vacances des Belges, explique Paul Dekeyser du quotidien flamand Het Niewsbald. Alors, nous couvrons tout et le dopage évidemment ! »
Éric Serres Source l’Humanité