
Interview de Frédéric Bolotny, économiste du sport au centre de droit et d’économie du sport de Limoges, alors que Lyon s’apprête à entrer en Bourse.
Hormis l’expérience Manchester, le foot et la Bourse ne semblent pas vraiment faire bon ménage…
Manchester est en effet l’arbre qui a caché la forêt. Globalement, le bilan est assez mauvais, tout au moins pour les actionnaires: on compte désormais une trentaine de clubs cotés en en Europe, contre 40 fin 2002; et pour 90% d’entre eux, le cours du titre est plus bas qu’à son introduction.
Pour quelles raisons?
La Bourse a horreur de l’incertitude du sport. Le problème paradoxal du foot est que cette même incertitude crée une partie de la valeur, de l’intérêt. Si vous enlevez l’aléa, vous risquez de tuer la poule aux œufs d’or. L’autre grande raison tient à l’utilisation des fonds levés lors d’une introduction. En Angleterre, des clubs comme Newcastle ont tout dilapidé dans des transferts pharaoniques sans vrai projet de développement.
L’Olympique lyonnais peut-il faire mentir des statistiques?
Si un club en France peut réussir en Bourse, c’est Lyon. La structure mise en place par Jean-Michel Aulas est solide, avec un vrai projet. La levée des fonds doit par exemple permettre à l’OL de financer l’acquisition de son futur stade, un actif solide pour le marché. En revanche, même si Lyon a de l’avance par rapport aux autres clubs français, ses revenus dépendent encore pour plus de la moitié des droits télévisuels. C’est le talon d’Achille du foot français: les clubs ne diversifient pas assez leurs sources de revenus: billetteries, sponsoring, produits dérivés… Sans compter qu’avec la fusion TPS/Canal Satellite, les droits pourraient être revus à la baisse lors de la renégociation en 2008, même si les télécoms entrent dans la partie.
D’autres clubs français vont-il suivre l’exemple lyonnais?
Lens a fait part de ses intentions et possède un modèle équilibré et un bail de 50 ans sur son stade qui l’en rend quasi-propriétaire. Pour les équipes majeures, comme l’OM ou le PSG, elles doivent d’abord prouver leur capacité à redevenir bénéficiaires et montrer qu’elles comptent sportivement.
Les petits actionnaires auront-ils un pouvoir sur la vie du club coté?
Hormis le droit de se retourner contre le club s’il ne tient pas ses engagements de développement, non. C’est un placement plus affectif qu’autre chose. Céder au vox populi serait dangereux. La stabilité paie, ce n’est pas la peine de rajouter une pression supplémentaire.Â
Propos recueillis par Philippe Berry