Les valeurs d’un olympisme moderne
Par Bernard Amsalem, président de la Fédération française d’athlétisme.
Le sport serait-il une activité en dehors du temps et de l’espace ? Les sportifs n’auraient-ils que le devoir de se taire ? À écouter les commentaires officiels du mouvement sportif international face aux réactions de certains athlètes, qualifiés aux jeux Olympiques de Pékin, et qui désirent faire entendre la voix des droits de l’homme, nous sommes en droit de nous poser ces questions.
En France, notamment autour de sportifs de renom, mais aussi sur tous les continents, des voix commencent à s’élever, au moment où la flamme olympique débute son périple, pour dire tout simplement leurs inquiétudes et leurs interrogations sur la capacité de la Chine à s’ouvrir aux droits de l’homme comme elle a su le faire sur le plan économique. Ces sportifs ne sont pas manipulés ni instrumentalisés. Ils sont responsables de leurs actes et de leurs pensées. Ils possèdent des yeux pour voir la répression au Tibet, des oreilles pour entendre l’appel des militants des droits de l’homme emprisonnés, et une voix pour dire haut et fort leur soif de liberté et leur désir d’exister en tant que citoyen du monde.
Tous ces jeunes d’Europe, d’Afrique, d’Océanie, d’Asie ou d’Amérique ont gagné, par leurs performances, la liberté de circuler. Ils connaissent le bonheur de pouvoir s’exprimer et d’être, parfois au bout d’un long chemin, respectés. Ils savent aussi la douleur de l’exclusion et de l’oppression pour les avoir expérimentées souvent dans leur pays d’origine. Ils ont parfois subi des systèmes politiques qui considèrent la victoire sportive comme un outil au service du nationalisme. Ils ont donc, pour la plupart, une forte conscience de ce qu’est l’humanité, de ses errements, mais aussi de ce qu’elle a de plus précieux à sauvegarder : les droits de l’homme.
Notre devoir, en tant que dirigeants sportifs, est donc de leur donner les moyens de cette expression publique et de les laisser témoigner, à leur manière, de la nécessité de lutter contre toutes les formes d’oppression. Je suis convaincu que les athlètes qui resteront dans l’histoire de ces Jeux ne seront pas ceux qui brilleront uniquement par leurs médailles mais ceux qui sauront saisir cette chance pour promouvoir les valeurs d’un olympisme moderne empreint d’humanisme et de liberté. Tout acte d’expression publique allant en ce sens, à l’image de la proposition du port d’un ruban de couleur, faite par l’athlète français Romain Mesnil, ne sera ainsi pas un acte politique mais bel et bien un acte de responsabilité, un acte de courage, et surtout un acte d’humanité.
Devant cet élan, le mouvement olympique et sportif international ne peut pas continuer à apporter des réponses lénifiantes comme il le fait actuellement en se retranchant derrière la charte olympique. Celle-ci ne peut en aucun cas primer sur la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’ONU il y a tout juste soixante ans ! Et si cette charte ne permet pas de défendre les droits de l’homme, il faut la changer pour intégrer cette dimension. Ce serait un signe fort à quelques semaines des Jeux. Les enjeux financiers liés à la décision d’implanter les Jeux à Pékin ont visiblement eu raison des belles intentions affichées à l’époque par le CIO. Si les institutions sportives, politiques et économiques n’osent pas intervenir de peur de briser leurs espoirs de faire fructifier le marché chinois, qu’ils laissent au moins aux athlètes leur capacité d’agir en femmes et en hommes libres !