Les JO de pékin et les journalistes

Posté le
2008logo.thumbnail1

 

Le bruit des camions de livraison et le bourdonnement d’un groupe électrogène couvrent les quelques notes de musique traditionnelle chinoise. Peu importe: «Le plus important, ce sont les images», sourit Evelyne, stagiaire pour Reporters sans frontières. Comme les adhérents présents devant l’église Saint-Louis d’Antin, elle a revêtu le tee-shirt noir de l’organisation, floqué d’une image choc: les anneaux olympiques formés par des menottes, identiques à celles qui retiennent dans les geôles chinoises 31 journalistes et 59 internautes.

La mission du jour est simple. « Il s’agit de faire poser les passants avec le tee-shirt de la campagne », explique Lilia Bouhdjar. « Nous aimerions ensuite faire une mosaïque de portraits pour une affiche que nous utiliserons pour une prochaine campagne ».

Le détournement du fameux symbole fonctionne bien. La preuve, les modèles d’un jour défilent les uns après les autres devant l’objectif et les adhérents sont presque à court de cartes postales à distribuer aux passants. «La majorité des gens lisent notre carte, parce qu’ils se rendent vite compte que ce n’est pas de la pub. C’est déjà ça», témoigne David, transformé pour quelques heures en homme-sandwich.

Dans son dos, une pancarte à l’effigie de Victor Hugo et un slogan: «Si vous avez la force, il nous reste le droit». Un vieux monsieur s’approche de lui, intrigué par le message. La discussion s’engage. «Il faut laisser le temps nécessaire à la Chine pour s’adapter à la démocratie».

La Chine toujours pas fair-play

«A six mois du début des Jeux olympiques à Pékin, la Chine n’a rien fait pour améliorer la situation des droits de l’homme et la liberté de la presse, déplore Robert Ménard, secrétaire général de RSF. En 2001, lorsqu’elles ont obtenu les Jeux, les autorités chinoises avaient promis de faire des efforts, mais nous les attendons toujours ».

Pour Vincent Brossel, responsable du bureau Asie à RSF, la situation de la presse et d’Internet en Chine est contrastée. «La presse chinoise est soumise aux lois d’une concurrence féroce, qui la pousse à être toujours très dynamique et à flirter avec les limites de la censure. Cette pression pousse les autorités à davantage de contrôle.»

Quant à savoir si les Jeux ouvriront la voie d’une démocratisation et de meilleures conditions de travail pour les journalistes… « On peut penser que les journalistes étrangers seront assez libres pendant la compétition, mais dans le même temps, les choses risquent d’être encore plus difficile pour leurs homologues chinois et les cyberdissidents».

Boycotter les JO?

Yousri, étudiant en droit à Paris XIII était «un peu au courant de la situation en Chine. Je pense qu’il faudrait que les pays menacent de boycotter les JO pour que la Chine fasse quelque chose». Avec ses copains, il a pris la pose, adossé au mur de l’église, entre les portraits de Carole Bouquet et de Vincent Perez. Une façon pour lui de s’engager, certes mais aussi de se marrer et de montrer sa bobine. «On nous a dit que les photos passeraient peut-être dans le journal ou dans le métro».

Franck, serveur dans un bar à Bastille, rêve déjà du jour où il se verra dans «Libé». Pour lui, la liberté d’expression n’est pas un vain mot. «Ça me tient vraiment à cœur. Je ne me suis jamais posé la question de savoir ce que j’avais le droit de dire, sans risquer de représailles. C’est un luxe qu’il faut défendre». Pourtant, en juillet, il sera fidèle à son poste de télévision. «Il ne faut pas tout mélanger. Il y a la politique, d’un côté, et la beauté du sport, de l’autre. Les athlètes n’y sont pour rien».

Emilie Gavoille ¦ Manifestation de RSF – 8 février 2008

Emilie Gavoille

20Minutes.fr, éditions du 08/02/2008