
Sur Myfree, cet article trés complet sur la situation de la future négociation des droits TV. Le début de l’année 2008 s’annonce trés mouvementé pour les grands patrons du foot français et les grands groupes médias.
De la réception de Thiriez à l’Élysée au coup de sang d’Aulas en passant par la conception des lots, Sport révèle les dessous de la bataille des droits télé du foot. C’est le feuilleton médiatico-sportif de la fin 2007.
Episode 1, qui tire les ficelles ?
Début de l’année 2007, du côté du siège de la Ligue de football professionnel, à Paris. « On ne change pas une équipe…qui a gagné de l’argent. » C’est, semble-t-il, la devise de Frédéric Thiriez, président de la LFP. Pour mener cette nouvelle bataille des droits télé, trois ans après le triomphe de 2004, Thiriez s’est donc entouré de la même garde rapprochée réunie au sein du « comité de pilotage ». On y trouve les présidents de club de Ligue 1 les plus influents du moment : Jean-Michel Aulas (Lyon), Gervais Martel (Lens), Olivier Sadran (Toulouse), Jean-Claude Plessis (Sochaux). Ainsi que deux présidents de Ligue 2, Pascal Urano (Sedan) et Jean-Pierre Louvel (Le Havre).
« Le comité de pilotage est constitué de présidents de club qui ont déjà travaillé sur le précédent appel d’offres, explique Jean-Claude Plessis. Nous sommes mandatés par les autres présidents pour défendre les intérêts du football français. On travaille en comité restreint autour de Frédéric Thiriez afin de respecter la confidentialité de la procédure. » Résultat, sous le prétexte très valable de la confidentialité, ce sont eux qui tirent les ficelles de cette procédure d’attribution, dans le plus grand secret.
Episode 2, la durée des contrats
Comme en 2004, la Ligue et le fameux comité de pilotage s’appuient sur l’expertise du cabinet d’avocats d’affaires Clifford Chance. Dès le début de 2007, les hommes de Clifford planchent sur les détails de la procédure, la structuration de l’appel d’offres… et l’épineuse question de la durée des contrats. Pour ne pas se retrouver, au bout du compte, face à Canal +, il faut envoyer un premier message fort à d’éventuels nouveaux investisseurs. « Trois ans, c’était trop court pour espérer attirer de nouveaux entrants comme les câblo-opérateurs, souligne un membre du service marketing de la LFP. Il leur faut du temps pour conquérir de nouveaux abonnés et amortir leurs investissements. » Hélas, sur ce sujet, la Ligue n’a pas les coudées franches.
Un décret ministériel datant de juillet 2004, signé par le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, précise que les contrats ne peuvent en aucun cas dépasser une durée de trois ans. La LFP tente donc de le faire modifier… par tous les moyens. Frédéric Thiriez, notamment, est en première ligne. Il joue de son entregent et de ses relations personnelles dans les plus hautes sphères de l’État. En septembre, le président de la LFP est reçu à l’Élysée par Nicolas Sarkozy, qui assure « tout faire pour soutenir le football français ». Moins d’un mois plus tard, Thiriez recueille les premiers fruits de son lobbying : le gouvernement se dit favorable à un rallongement à quatre ans. Le Conseil de la concurrence et le Conseil d’État sont alors saisis simultanément de cette affaire « classée prioritaire », dixit un conseiller de Matignon. Le premier a rendu, le 9 novembre, un avis favorable, transmis en début de semaine à la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes qui l’a remis au ministère des Sports. Quant au Conseil d’Etat, il devrait rendre, lui aussi, un avis favorable le mercredi 21 novembre. Restera ensuite au premier ministre François Fillon la charge de signer le nouveau décret modifié, pour publication au Journal Officiel. La LFP pourra alors lancer officiellement son appel à candidatures. Très probablement le 29 ou le 30 novembre. » Au moins, Orange, Numéricable et les autres ne pourront pas reprocher à Thiriez de ne pas s’être bougé sur la question de la durée des contrats « , résume le dirigeant d’une chaîne » historique « .Â
Episode 3, « magouilles » en Ligue 2
Ce que l’on ne dit pas, c’est que cette vaste opération de séduction, complètement légale, s’est agrémentée d’un épisode plus ambigu. Il faut remonter à juin dernier, au moment du résultat de l’appel à candidatures pour les droits de la Ligue 2 de 2007 à 2010. Une négociation de gré à gré est organisée pour l’attribution de sept matches de L2 par journée. Alors qu’Eurosport, déjà détenteur du « match vedette » du lundi soir, propose 8 millions d’euros, c’est l’opérateur câblé Noos-Numericable qui remporte le lot pour… 5 millions d’euros ! « L’objectif n’était pas uniquement financier », reconnaît alors Frédéric Thiriez, plus sibyllin que jamais. Quel était-il alors ? » Sur ce coup-là , la LFP a fait entrer un nouvel opérateur de façon totalement infondée, lâche un dirigeant d’Eurosport. Tout ça pour montrer à Canal que, sur la Ligue 1 aussi, toutes les magouilles sont possibles, et pour faire un appel du pied à d’autres câblo-opérateurs. » Aujourd’hui, cette affaire est close, Eurosport n’ayant aucun intérêt à se fâcher durablement avec la LFP.
Episode 4, le coup de sang d’Aulas
Depuis le lancement de l’opération droits TV, aucun président de club ne dort sur ses deux oreilles. Normal quand on sait que les revenus issus des droits audiovisuels représentent en moyenne 50 % des budgets des clubs de Ligue 1. Du côté de l’Olympique Lyonnais, en revanche, cette télé-dépendance est moins flagrante. Doté cette saison d’un budget d’environ 200 millions d’euros, l’OL peut compter sur 45 millions d’euros de recettes TV en cas de septième titre de champion de France. Au cours de ces derniers mois, pourtant, Jean-Michel Aulas s’est une nouvelle fois fait remarquer en tentant, ni plus ni moins, de déstabiliser son ami Frédéric Thiriez. Explications. Depuis le début de l’été, « JMA » se dit très inquiet.
Le résultat de l’appel à candidatures risque d’être tellement mauvais, estime-t-il, que l’appel pourrait être jugé infructueux. Si ce scénario, loin d’être farfelu, se produit, Aulas demande alors à gérer lui-même la commercialisation des droits télé de son club. Thiriez refuse. Pas question de céder sur le principe de la commercialisation centralisée. « Au cas où l’appel est infructueux, on procédera à un second tour de table, et si ce n’est toujours pas satisfaisant, on procédera par gré à gré avec les chaînes », fait-il savoir au président lyonnais. Furieux, celui-ci décide de contre-attaquer en créant de toutes pièces Football Avenir Professionnel (FAP), une association censée défendre les intérêts commerciaux des clubs de L1. Pour monter ce projet qui réunit en fait les clubs les plus médiatiques du foot français, Jean-Michel Aulas sollicite Jean-Claude Darmon, dont la clause de non-concurrence est arrivée à expiration. À 65 ans, l’ancien docker marseillais revient aux affaires, trois ans après avoir vendu sa société Sportfive au groupe Lagardère. L’attelage Aulas-Darmon scelle alors un pacte de non-agression avec le président de la Ligue mais impose, en contrepartie, certaines exigences telle la modification des clés de répartition entre la Ligue 1 et la Ligue 2.
La deuxième division française, qui génère cette saison 15 millions d’euros de droits, se nourrit à hauteur de 90 millions sur les droits de la L1. Ce principe de solidarité L1-L2 exaspère la bande à Aulas, qui souhaite revenir dessus. Elle obtient des garanties en ce sens. Mais les golden presidents de FAP veulent aussi obtenir une revalorisation des clubs les plus diffusés à la télé. »On s’est aussi mis d’accord là -dessus », reconnaît Jean-Claude Plessis. C’est à la suite de ces mois de tractations secrètes que la famille du football français, enfin au grand complet, se réunit pour signer, la semaine dernière, le règlement intérieur audiovisuel. Un préalable indispensable au lancement de l’appel à candidatures.
Episode 5, dans le secret des lots
En trois ans, le marché a évolué. Canal +, rassasié par sa récente acquisition des droits du championnat d’Angleterre, ne vise plus l’exclusivité du football français à tout prix. La tendance est donc au morcellement des lots. « Quand on divise les lots, mécaniquement, le prix de chaque lot baisse, décode Béatrice Saunier, directrice adjointe de TWI France, filiale du Groupe IMG, qui est mandatée par la Ligue pour vendre les droits de la L1 à l’étranger. Du coup, de nouveaux opérateurs peuvent participer sans consentir d’énormes investissements. Revers de la médaille : il n’y a plus de prime d’exclusivité. » Jusqu’à présent, le contenu des lots est gardé secret. Même les états-majors des chaînes n’en ont qu’une vue partielle… Selon nos informations, un premier lot pourrait être constitué de cinq ou six matches joués désormais le samedi à 18 h ou 19 h. Il conviendrait parfaitement à un service de paiement à la séance comme celui de Foot + (bouquet CanalSatellite).
C’est typiquement sur ce genre de lot qu’un câblo-opérateur (Orange, Noos-Numericable, Free ou Neuf Cegetel) pourrait se positionner. Quant à l’affiche du samedi soir, jouée à 21 h, elle ferait l’objet d’un autre lot, tout comme le magazine de fin de soirée du style Jour de foot. Ce prochain appel à candidatures pourrait aussi voir le retour du football pro le dimanche après-midi. Deux ou trois rencontres seraient disputées simultanément à 15 h. On sait que Frédéric Thiriez est attaché à cette idée, qui se heurte pour l’instant aux réticences du football amateur, mais intéresse fortement les chaînes hertziennes gratuites comme France 2 ou M6. Un magazine hebdomadaire, diffusé dans la foulée du ou des matches du dimanche après-midi, ferait l’objet d’un cinquième lot. « Ce magazine pourrait nous intéresser », reconnaît notamment Yannick Bolloré, directeur des programmes de Direct 8. Enfin, le sixième et dernier lot serait constitué du match vedette du dimanche soir. Pour pimenter le tout, il se murmure que la Ligue et ses conseillers songent à segmenter la saison. Ainsi, les matches vedettes des samedi et dimanche soir pourraient être attribués à un opérateur entre la 1re et la 12e journée, à un autre entre la 13e et la 25e journée et à un troisième entre la 26e et la dernière journée. Ce scénario, peu probable, consacrerait la forme la plus aboutie du morcellement. En fait, il risquerait plutôt de décourager les nouveaux entrants. La partie de poker menteur ne fait que commencer !
Ronan Folgoas
Calendrier indicatif de la procédure d’attribution des droits audiovisuels de la Ligue 1
* fin novembre : publication au Journal Officiel du décret portant sur l’allongement des contrats (quatre ans au lieu de trois).
* 29 ou 30 novembre : publication des lots et lancement de l’appel à candidatures
* courant janvier: remise des offres financières des candidats et publication des résultats