
Un article paru dans le journal LE MONDEÂ le 16.09.06
Lyon face à Bordeaux. L’affiche qui se joue samedi 16 septembre dans la capitale rhodanienne, ne met pas en face deux ténors du football français. Il s’agit d’un choc entre deux clubs de rugby du championnat de deuxième division, la Pro D2. Un match exemplaire de la poussée de clubs professionnels ou semi-professionnels dans des grandes villes. Ces projets sont un début d’extension du rugby hors de son bastion, le Sud-Ouest. Une expansion encore lente et parfois difficile.
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Un coup d’oeil sur une carte suffit pour comprendre les données du problème. La plupart des clubs se trouvent concentrés entre Biarritz, Toulouse et Perpignan. Et la montée en Top 14, cette année, de Montauban et d’Albi ne dément ce constat.
Pourtant, depuis une petite dizaine d’années, la Ligue nationale de rugby (LNR) et la Fédération française de rugby (FFR) affichent le souhait de voir leur sport étendre son emprise. Cette expansion est rendue nécessaire par le besoin de mieux asseoir la place du rugby face aux autres grands sports et d’offrir aux partenaires et sponsors une plate-forme vraiment nationale.
Différents plans d’action ont été lancés pour faire progresser le jeu vers le Nord. En 2000, la FFR a signé avec EDF un partenariat autour d’un plan baptisé « 100 villes, 100 clubs », visant à apporter une aide matérielle et financière aux créateurs de club. Cet accord est arrivé à son terme en juin 2006 avec la création de seulement 80 structures, selon Bernard Lapasset, président de la FFR, qui souligne malgré tout que le nombre total de clubs repart à la hausse – près de 1 600, aujourd’hui, en France.
De son côté, la LNR, qui gère les championnats professionnels du Top 14 et de la Pro D2, a lancé en 2004 un « projet de développement ». « L’objectif du plan est d’apporter une aide technique et logistique, mais pas financière, à des clubs aux portes du professionnalisme », explique Patrick Wolf, vice-président de la LNR, qui ajoute vouloir éviter le saupoudrage des aides. « Au bout de deux ans, deux dossiers ont été aidés, Nantes et Chalon, et nous avons entamé en 2005 un projet sur Nice, et examiné un autre sur Marseille. »
Les déceptions nées des faibles performances du club de Nantes, redescendu en Fédérale 2, montrent les difficultés de l’exercice et la difficile interaction de logiques différentes : d’un côté, celle de comités territoriaux dépendant de la Fédération, et de l’autre celle de la Ligue souhaitant soutenir des clubs dans leur marche vers le professionnalisme.
« Les institutions du rugby sont encore prises dans une attitude ambivalente entre une volonté de développement au niveau national et un certain conservatisme », estime Olivier Nier, membre du Centre de recherche et d’innovation sur le sport, à l’université Lyon-I, qui souligne que ce même dilemme est aussi vécu par les institutions internationales du rugby.
La popularité croissante du rugby pourrait pourtant changer la donne. La formidable ascension de la deuxième division aux tout premiers rangs du Top 14 du Stade français, sous l’impulsion de son président Max Guazzini, a frappé les esprits et aiguisé des appétits. Des chefs d’entreprise prennent la tête de clubs à Lyon, Toulon ou dans la région parisienne, par exemple au Metro Racing 92. Autant d’initiatives qui pourraient favoriser l’expansion du ballon ovale.
Mais le développement du rugby n’est pas qu’une question de finances, c’est aussi une question de savoir-faire dans la gestion d’une équipe et dans l’ancrage local d’un club. « Le besoin de tutorat est grand chez les clubs qui veulent monter, souligne Philippe Leveau, président du club de Limoges (Pro D2), et la Ligue devrait accentuer la politique de transfert de compétences entre les grands clubs et ceux qui montent. » L’expérience se gagne aussi sur le terrain. « Pour faire comprendre aux clubs amateurs les exigences du rugby professionnel, nous travaillons à la réforme de l’organisation des compétitions, notamment dans l’articulation entre le championnat amateur (Fédérale) et les championnats professionnels (Pro D2 et Top 14) », explique Bernard Lapasset.
Toutefois, l’éclosion d’équipes dans des métropoles au tissu économique important, notamment au nord de la Loire, risque de se faire au détriment d’équipes portées par des villes moyennes, comme Perpignan ou Béziers, où le rugby est une culture, un mode de vie. Un risque que Patrick Wolf juge bien réel, et sur lequel, assure-t-il, la Ligue réfléchit en travaillant sur des axes comme une plus grande mutualisation des recettes et une aide aux clubs qui forment de jeunes joueurs.
Bertrand d’Armagnac