
Qu’il semble loin le temps où les équipes de France titillaient les podiums et semblaient prêtes à squatter le haut du tableau. Privé de JO, le basket français est rentré dans une phase de turbulences comme il en connait régulièrement. Le sujet est douloureux et remet tous les hommes en question, dans leurs postes et dans leurs convictions, à l’instar du DTN Jean-Pierre de Vincenzi (Photo L’Equipe, entre Yvan Mainini et Claude Bergeaud). Les joueurs «n’ont pas pris conscience de la gravité de ce qui s’est passé», estime-t-il tout en reconnaissant «qu’il existe un sentiment d’impuissance avec l’internationalisation».
«Jean-Pierre de Vincenzi, après l’Euro masculin, vous avez présenté votre démission, qui a été refusée. Qu’en-est-il aujourd’hui ?
Au retour de l’Euro espagnol, je voyais bien qu’il y avait un gros malaise, que les lignes avaient du mal à bouger. Il faut se regarder dans une glace. La question se posait même si la DTN, ce ne sont pas que les équipes de France séniors. J’ai appelé Yvan Mainini pour lui proposer ma démission. Il m’a dit qu’il avait été élu jusqu’en 2008, qu’on avait mis en place des projets et qu’on ferait le bilan avec la prochaine élection. On a fait des choses ensemble, on reste ensemble.Â
Depuis, il y a eu l’Euro féminin, avez-vous remis le sujet sur la table ?
On n’allait pas remettre ça à l’ordre du jour sinon on n’en sort plus. Certains attendent ça (que je parte) depuis dix ans mais j’estime que mon bilan n’est pas un des plus mauvais. Si je sens que ma responsabilité est mise en cause, je ferais comme en 2000 après les Jeux Olympiques, je quitterai mes fonctions.Â
Les équipes de France masculine et féminine ont connu des chutes quasi similaires avec trois défaites de rang pour finir, la huitième place et la non qualification olympique. Coïncidence ou problème de fond ?
Elles n’ont pas failli pour les mêmes raisons. Pour les garçons, Claude (Bergeaud) a voulu construire une stratégie particulière de préparation. Il a cherché à rééquilibrer l’équipe en faveur de l’attaque mais on s’est retrouvé avec un secteur défensif déficitaire. Pour des raisons qui m’échappent, l’équipe était apathique. Il manquait d’un leader qui rameute, les gars donnaient l’impression de ne réaliser ce qui se passait qu’a posteriori. C’était similaire avec les femmes. Elles ont mis l’accent sur le défensif mais ça demande de l’énergie et du mental. Il semblerait qu’il y ait eu une fracture entre l’ancienne et la nouvelle génération. La capitaine (Audrey Sauret-Gillespie) reprochait aux jeunes de vouloir aller plus vite que la musique.Â
Avez-vous vu des signes précurseurs ?
Non. Au tournoi de Paris, on avait vu des carences mais aussi des belles choses. Dans les tournois féminins, il y avait des carences offensives mais le délitement du groupe ne se voyait pas. On a bien senti une tristesse choquante mais le plus trompeur est que ces deux équipes ont été proches de faire quelque chose. En quart contre la Russie, quand Kirilenko est dehors pour cinq fautes, on passe à côté et en même temps on est très loin. Pour les filles
, le fait de tomber contre la Lettonie en quarts, ça semblait une bonne chose et on finit à quatre points.
Faut-il changer la préparation mentale, ce qui va de l’approche globale au discours du coach ?
Les joueurs ont dit qu’ils étaient très satisfaits de ce qu’ a fait le coach. Il n’ont pas pris conscience de la gravité de ce qui s’est passé. Il est difficile de juger cependant car je n’ai pas joué les voyeurs pendant la compétition. Il faut attendre que Claude donne sa vision des choses.
Attend-on trop de l’équipe de France masculine ?
Il est évident qu’on sur-estime cette équipe. Ce n’est pas parce qu’on a Tony (Parker) et Boris (Diaw) qu’on est l’équipe la plus forte d’Europe. Viser le titre est une erreur complète.
Aucun ancien joueur de très haut niveau ne dirige une sélection, que ce soit en seniors ou chez les jeunes. N’est-ce pas un problème ?
Qui sont les joueurs qui ont un vécu international au dessus de tout soupçon ? Déjà , il faut rappeler qu’on a commencé à se stabiliser au haut niveau qu’à partir des années 1990. Il y a bien Antoine Rigaudeau qui est une autorité mais il n’a jamais entraîné. Jim Bilba débute sa reconversion. On amène Crawford Palmer petit à petit. Mais en fait, avoir des gens qui sont issus de la filière des internationaux, je n’en ai rien à faire. Il faut juste la personne idoine.
Quel est le profil du sélectionneur qui peut emmener l’équipe de France masculine à l’Euro 2009 selon vous ?
Il faut quelqu’un qui saura se souvenir qu’il est parti de cette phase qualificative en 2008, qui fasse preuve d’humilité. Il faut une grosse autorité pour fixer une ligne de conduite à une équipe qui existe déjà et qui n’a pas explosé. On a fixé des objectifs olympiques jusqu’à maintenant, mais il faudra quelqu’un qui devra avoir des objectifs de résultat et qui sait qu’il pourra être remercié sinon, quelqu’un qui puisse assumer. Alors il pourra dire de quoi il a besoin à la Fédération.
Est-ce que vous ressentez un sentiment d’impuissance ?
Quand on voit les médailles qu’on obtient avec les cadettes, les juniors, on a le sentiment qu’il y a quelque chose dans la baraque. Mais quand ils partent aux Etats-Unis ou ailleurs en Europe, qu’est-ce qu’on maîtrise ? Bien sûr qu’il existe un sentiment d’impuissance avec l’internationalisation. Et il va se poser le problème de l’argent. Il faut que les instances nationales, comme le CNOSF, se rendent compte de ce qui se passe.Â
Estimez-vous comme le président de la Fédération que «nous sommes la risée de l’Europe» ?
C’est une phrase dans une interview. C’est son sentiment à lui, ce n’est pas la réalité. La Serbie, l’Italie, la Turquie ont fait moins bien que nous. Cela rend la phrase, isolée comme ça, un peu décalée.»
Propos recueillis par Xavier COLOMBANI