Le plaisir du sport

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Superbe article trouvé dans les colonnes du journal le monde

Laure Manaudou a annoncé, mercredi 21 janvier, son intention d’arrêter, pour un temps, la natation. La plus grande championne de l’histoire de ce sport en France, âgée de seulement 22 ans, ressent le besoin d’une pause, qui devrait normalement durer jusqu’au début de la saison prochaine.

Dans un entretien accordé, jeudi 22 janvier, au quotidien sportif L’Equipe, elle se dit « soulagée » de sa décision. « J’ai senti que je n’étais plus heureuse, que je ne voulais plus me focaliser sur l’entraînement (…). Les attentes du public et des médias étaient difficiles à supporter », explique-t-elle.

 

Elle n’est pas la première, parmi les vedettes du sport, à lâcher prise, psychologiquement usée. Juste avant Roland-Garros, en juin 2008, la meilleure joueuse de tennis du monde, Justine Henin, a ainsi décidé de prendre sa retraite au faîte de sa gloire, à seulement 24 ans. Elle avait aussi employé le terme de « soulagement ». Dans ce même sport, quelques années auparavant, en 2003, la Suissesse Martina Hingis – ancienne no 1 mondial – avait quitté les courts à 22 ans, blessée au pied, mais aussi pour « découvrir autre chose ». Deux exemples parmi d’autres.Etre une star du sport de haut niveau est-il si difficile à vivre que ça ? Derrière le côté glamour et les salaires démesurés, se cache parfois la douleur.

Tentative de décryptage en compagnie de Makis Chamalidis, docteur en psychologie, spécialiste du sport, travaillant, notamment, avec la Fédération française de tennis.

La souffrance. « La souffrance peut être de deux ordres : la souffrance physique, qui fait partie du sport, et la souffrance, pour les vedettes, de subir les projecteurs. La mécanique du sport a cela de particulier qu’il n’y a pas de plaisir possible sans souffrance. Le plaisir peut venir de l’exploit réalisé, ou du fait de jouer avec ses propres limites. Pour cela, il faut beaucoup s’entraîner, dans la douleur. Les deux sont liés. »

Le désir. « Le désir est la question-clé. On peut souffrir si on sait pourquoi on le fait. Lorsqu’on discute avec des sportifs, leur absence de réflexion sur les causes de leur motivation est parfois surprenante. L’argent, la gloire, cela ne dure qu’un temps. Sans motivation plus profonde, c’est très difficile. A chacun de trouver pourquoi, intimement, il lutte.

Si Laure Manaudou ne fuit pas, mais s’accorde un vrai temps de réflexion, de construction, elle fait le bon choix. Son désir n’appartient à personne d’autre qu’à elle-même. Si elle n’a plus envie de se faire mal, elle en a le droit ! »

Le verbe. « Souvent, les sportifs, lorsqu’on les questionne, répondent : « Je ne veux pas me prendre la tête. » Ils ne sont pas demandeurs de réflexion. La plupart fonctionnent sur le clivage « gagner ou perdre », version soft de « vivre ou mourir ».

Si l’on envoie des sportifs de haut niveau sur un divan analytique, la moitié vont s’arrêter du jour au lendemain ! Pourtant, la performance passe aussi par là. En tennis, Gilles Simon (8e mondial) ou Jo-Wilfried Tsonga (7e mondial), qui ont passé un cap, sont capables, lorsqu’ils sortent du court, d’analyser leur match et leurs sentiments. Ils arrivent à aller au-delà des clichés, de mots fourre-tout comme le « stress » ou la « confiance ». En sport, il faut aussi savoir s’exprimer. »

L’équilibre. « On ne peut pas nager quinze kilomètres par jour et être équilibré ! Le sport de haut niveau est un déséquilibre. Il s’agit donc plutôt de trouver un équilibre dans ce déséquilibre.

L’entourage est primordial. Si l’entraîneur a tous les pouvoirs sur le sportif, ce dernier n’a pas d’espace pour se libérer. En termes de performances, ça peut marcher un temps, mais il y a un moment où ça casse. Bjorn Borg, qui avait un entraîneur autoritaire, a arrêté comme cela, tout à coup, apparemment sans raison. Le sportif doit être lui-même l’ambassadeur de son projet. »

Les autres. « Les sportifs peuvent avoir peur de décevoir leurs proches. Mais vouloir gagner pour les autres est une motivation trop fragile. Par ailleurs, il faut accepter le regard du public. Ça n’est possible que pour ceux qui acceptent ce qu’ils sont. »

 

Propos recueillis par Pierre Jaxel-Truer