Privé Public pour faire décoler le sport

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Extrait d’un article de libération
Par Olivier VILLEPREUX

Le feuilleton de l’été Manaudou, Lucas et la ville de Melun a réveillé les vieux fantômes de ceux qui ont découvert qu’il y avait de l’argent dans le sport. Les institutions financent le sport de haut niveau, mais dans certaines limites (celui de l’engagement de l’état envers le contribuable) et on a du mal à comprendre que des fonds privés puissent prendre le relais. Le tennis par exemple le fait, mais on dit rien, car les décideurs sont installés depuis des décennies.
Du côté de Lucas, la possibilité d’installer dans un proche avenir un centre d’entraînement privé à l’image de ce qu’a réalisé Nick Bolletieri dans le tennis aux Etats-Unis semble avoir joué. «Il n’en est qu’aux prémices. Son but est de constituer un groupe de nageurs,avec de gros moyens, comme Lagardère» (lire page suivante) , explique Olivier Leroy, qui essaie de relancer le club de Melun («pas facile») où sont restés d’autres nageurs de haut niveau.
Subventions. Canet est depuis longtemps un centre d’entraînement fédéral de la natation française. Et la problématique des clubs formateurs reste la même : ils dépendent des subventions et de l’utilisation d’une piscine publique. Des bassins, dont les constructions sont en retard par rapport au nombre de pratiquants.

«Césure». Le DTN (directeur technique national) Claude Fauquet voit ça de façon pragmatique : «Les personnes sont libres de créer des sociétés. Ce qui m’intéresse, c’est comment une fédération organise ses relations avec une structure professionnelle. Ça se pose dans l’athlétisme. Comment, lors d’une compétition internationale, gère-t-on un athlète professionnel revenant dans le giron fédéral régi par l’amateurisme ? Il n’existe aucun texte sur les sports individuels. Il faut que tout soit juridiquement légal, et sportivement adapté.» Sur le plan sportif, «Philippe Lucas est très respectueux de l’équipe de France , insiste Fauquet. On est dans l’obligation de travailler ensemble, les fédérations doivent suivre l’évolution du monde». En tout cas, il se promet d’être «attentif» à cette nouvelle «césure» entre professionnels et amateurs. Et de réfléchir, à l’avenir, sur des cas concrets qui ne manqueront pas de se poser. Par exemple : doit-on subventionner un athlète avec l’argent des collectivités locales pour que, in fine, il intègre une structure privée ?

Pour revenir au cas Lucas-Manaudou, ce sera donc avec de l’argent public que sera en partie construite la rampe de lancement d’une structure privée. Personne ne tique.

Jean-Marie Portes, adjoint aux sports à la mairie de Canet, estime que l’arrivée de Lucas et de son équipe «booste tout le monde, les institutions régionales et départementales» et que le président de région (Georges Frêche, PS) serait prêt à dépasser toute considération politique pour assurer la réussite du projet.

«N’importe où». La bourrasque médiatique autour de Manaudou, ses amours et sa ligne de maillot de bain, encourage directement l’accélération de la professionnalisation d’un sport médiatiquement peu suivi. A athlète exceptionnel, régime exceptionnel. Mais déjà à Melun, la belle et son mentor avaient verrouillé leurs intérêts grâce aux conseils de leur avocat Didier Poulmaire. Droits d’images, sponsoring, plans média, la nageuse avait acquis une grande indépendance, eu égard à son palmarès unique. «Laure est devenue une star, se félicite Claude Fauquet. Qu’elle retire des avantages de ses performances, c’est tant mieux. Elle ne se laisse pas happer par cela et c’est là qu’elle est vraiment forte. Je suis admiratif.»

A Canet ou ailleurs, la championne le martèle, elle aurait suivi son entraîneur «n’importe où». Et pour l’instant, porté par les remous de leur succès, ce couple atypique a toutes les cartes en main pour forcer la natation française à muter profondément, de même que Lagardère redéfinit les structures du sport français (lire ci-contre). Le ministère devra bien entériner ces évolutions un jour. A défaut de les anticiper ou de les maîtriser.

La seule crainte, c’est que le monument construit par P Lucas puisse tomber aussi rapidement qu’un château de cartes