Le foot pour faire de l’or

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Retransmission des matches de football : le ballon est d’or

Internet et les téléphones portables vont-ils détrôner la télévision ? En 2006, les matches de la Coupe du monde de football ont réalisé parmi les meilleures audiences télévisées en Europe. De quoi appâter diffuseurs et publicitaires : les recettes tirées de la vente des droits de diffusion des matches ont en effet explosé.

Mais à qui profite cette montée des enchères ?

Et est-ce vraiment au bénéfice du téléspectateur, quand de nombreux matches sont diffusés sur des chaînes cryptées ?

Toutes les réponses sont dans le dernier article de notre série sur le football. En 2006 en France, 9 des 10 meilleures audiences de télévision, toutes chaînes confondues, étaient des matches de football. Le sport le plus populaire de la planète semble être aussi le plus à même de rassembler des millions de téléspectateurs, suscitant la gourmandise des télévisions et des annonceurs publicitaires. Conséquence : la compétition est rude entre diffuseurs pour obtenir l’exclusivité de la retransmission des matches de championnat. Et ils sont prêts à investir : en une décennie seulement, les prix des droits se sont envolés. L’UEFA a par exemple annoncé que les droits pour la diffusion des matches de la Ligue des Champions entre 2006-2009 vont lui rapporter…647 millions d’euros à chaque saison ! Mais les chaînes attendent aussi un retour sur investissements : elles diffusent de plus en plus souvent en crypté, et c’est finalement le téléspectateur qui paye pour voir. Le football en direct sur internet et sur son GSM ! « La retransmission télévisée des compétitions sportives se fait de plus en plus sur des chaînes cryptées et payantes », rendant ces compétitions « inaccessibles pour nombre de consommateurs », observent les députés de la commission culture, dans le rapport sur le football professionnel qui sera voté cette semaine. Une partie de la solution serait-elle le développement d’autres supports, gratuits ou moins chers ? La retransmission des matches sur Internet est un phénomène en plein expansion en Europe. Selon une étude parue en Angleterre, 2,5 millions de britanniques ont regardé des matches de la Coupe du Monde sur internet ! Une bonne alternative à la télévision si les matches ont lieu dans la journée ; une alternative également si aucune télévision ne décide de diffuser le match qui vous intéresse. Ainsi, le 14 mars dernier, les internautes ont pu payer 4,5 euros pour regarder la huitième de finale de la Coupe UEFA sur le site de l’association européenne : aucune chaîne n’avait prévu de la diffuser.

Est-ce l’avenir du football sur écran ?

Toujours est-il que le corollaire de cette expansion a déjà donné lieu à des poursuites judiciaires : des sites pirates hébergés en Asie diffusaient gratuitement des matches payants… Les efforts de l’industrie européenne des télécommunications se portent maintenant sur les téléphones portables. Un marché à fort potentiel, puisque la Commission européenne estime que 100 millions de clients pourraient souscrire à la télévision sur portable d’ici à 2010. La commissaire Viviane Reding a appelé les industriels à parvenir à un système en place pour l’Euro 2008. Les nouveaux médias et leur impact sur les droits de diffusion devront être pris en considération par la Commission, selon le projet de rapport.

Car les revenus de la vente des droits de diffusion sont une manne gigantesque ; mais pour qui exactement ? Explications. Explosion des recettes tirées des droits de diffusion : à qui profitent les cimes ? Les droits sur la retransmission des matches (télévision mais aussi radio, internet et même GSM) sont entre les mains des clubs et des fédérations de football. Ce sont eux qui vendent les droits -parfois en exclusivité- aux diffuseurs. Chaque pays a son propre mode de vente, mais il existe globalement deux systèmes de gestion de ces droits : La vente séparée des droits Un club seul peut vendre directement aux diffuseurs les droits de retransmission de ses matches et en récolter les bénéfices -qui peuvent être énormes. En novembre 2006, le Real Madrid a annoncé avoir conclu un contrat jusqu’en 2012 avec le diffuseur Mediapro, pour la modique somme de 1,1 milliards d’euros. De quoi lui garantir qu’il pourra continuer à s’offrir les meilleurs joueurs au monde, et ainsi rester dans les cimes du classement. Au détriment des plus petits clubs ? Et des clubs de pays plus petits, où les télévisions n’ont pas la même force de frappe financière ? « La pratique de la vente séparée des droits de retransmission observée au sein de certaines ligues va à l’encontre du principe de solidarité et risque de détruire complètement l’équilibre des compétitions », estime le député européen Ivo Belet (Parti Populaire Européen) dont le rapport sera voté cette semaine en plénière. Il favorise donc la deuxième approche dans la gestion des droits : l’approche collective. La vente collective des droits Plusieurs clubs se rassemblent et forment une association, qui vend les droits en leur nom collectif. L’association vend en général les droits par des contrats exclusifs avec un seul diffuseur par territoire donné. Là aussi, les recettes tirées de la vente de ces droits ont explosé : la Premier League anglaise a vendu les droits de diffusion de son championnat à 81 diffuseurs de 208 pays pour 950 millions d’euros par an, auxquels s’ajoutent 420 millions de droits pour diffusion en Grande-Bretagne. Soit 15 fois plus que 15 ans auparavant. « La commercialisation centralisée (vente collective) des droits, au niveau européen, par les instances du football est essentielle afin de garantir que la solidarité irrigue les différents niveaux de la pyramide, à commencer par le football de base », explique pourtant l’Etude Indépendante sur le Sport Européen, publié en 2006. En effet, les profits réalisés par la vente collective des droits sont redistribués entre clubs et dans le cas de l’UEFA, le mécanisme de redistribution assure une certaine solidarité. Ce que confirme le projet de rapport au Parlement, qui se dit « favorable à un débat public et à une étude plus approfondie de la Commission sur le point de savoir si ce modèle doit être adopté à l’échelle de l’Europe pour les compétitions tant européennes que nationales ». Vente collective vs. droit européen de la concurrence La solidarité financière entre clubs est un argument que la Commission européenne a entendu. Répondant à de vives critiques sur le caractère anti-concurrentiel de ces ventes collectives, qui limiteraient le choix des spectateurs, elle a considéré qu’elles pouvaient néanmoins être acceptées, puisqu’elles contribuent à la solidarité entre clubs et se justifient dans les cas d’une compétition (il est logique qu’un diffuseur seul obtienne les droits pour l’ensemble de la compétition). La Commission européenne a toutefois demandé à l’UEFA -confirmant ensuite cette position avec la Premier League britannique et la Bundesliga allemande- de vendre les droits de diffusion par lots. Un lot correspond en général à un support médiatique (télévision, radio, internet etc.), il n’est attribué que pour une durée d’exclusivité limitée, et un diffuseur ne peut seul acheter tous les lots. Une manière d’assurer la diversité de choix aux téléspectateurs.

Source: Parlement Européen Â