Laporte a des talents d’artificier

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Même si le CREPS de Corse n’est pas le plus gros CREPS de France, ou celui qui rapporte le plus d’argent, on peut se poser la question des principes sur lesquelles est réfléchi la réforme. Ou est le bon vieux principe de territorialité ?, même si le sport peut être fournisseur d’emploi, c’est un monde assez précaire, cette précarité va s’accentuer en demandant aux jeunes insulaires de venir de former sur le continent. Comme sur d’autres sites, on fait le choix de fermer un CREPS assez récent.

On peut reprocher aux corses d’être très revendicatif, mais Bernard Laporte a le talent pour préparer un vent de révolte, mais quel est son rôle: celui d’un homme de réforme ou d’un homme engagé pour nettoyer une lourde institution.

En 2006, au nom du groupe « Unione Naziunale », Véronique Schiaretti, avait tenté de faire voter une motion réclamant la « territorialisation du CREPS de Corse ». S’appuyant sur la loi Joxe qui affirmait la compétence de la collectivité dans le domaine sportif, la loi du 13 mai 1981 relative au statut particulier de la Corse et la loi de décentralisation du 22 janvier 2002 renforcée par la loi Raffarin, l’élue nationaliste demandait que, désormais, le CREPS (Centre régional d’éducation populaire et de sport) dépende de l’Assemblée de Corse. D’autant que le conseil constitutionnel a établi que tout transfert de compétence entraîne le transfert des ressources qui lui correspond.
La motion rappelait au passage qu’en 2002, le syndicat des travailleurs corses (STC) et l’UNSA avaient fait cette même demande au cours d’une grève de plus d’un mois. Si l’Assemblée de Corse n’avait pas cru bon d’adopter cette motion, l’exécutif, s’était néanmoins engagé à étudier le problème. On en était resté là.
Aujourd’hui, le problème est à nouveau d’actualité puisque le conseil exécutif a été informé, le 17 décembre, de la suppression du CREPS de Corse sous sa forme actuelle, d’ici le 1er septembre 2009. Une décision prise par le secrétaire d’État aux sports Bernard Laporte, dans le cadre d’une restructuration générale de son secteur qui, pour l’instant, vise à la suppression pure et simple d’une dizaine d’établissements du même type. Si certains d’entre eux avaient été alertés, ce n’était visiblement pas le cas en Corse où, au moment de l’annonce, tout le monde a cru que l’insularité allait protéger la Corse d’une telle réforme. À commencer par les employés qui avaient été rassurés par leur direction qui n’y croyait pas pensant peut-être comme dans les Dom Tom. Même à la Collectivité, on affirme n’avoir été prévenu que « tardivement ». C’est en tout cas ce qu’affirme la conseillère exécutive chargée des sports, Marie-Ange Susini, qui, comme Camille de Rocca Serra, le président de l’Assemblée et Ange Santini, le patron de l’exécutif, a décidé de se battre contre la suppression programmée du CREPS.
C’est ce qu’ils ont affirmé publiquement et à la délégation du personnel qui a été reçue le 19 décembre à l’Assemblée de Corse. Une motion devait être prochainement votée pour soutenir le personnel et s’opposer à la fermeture de l’institution régionale sportive et des contacts devaient immédiatement être pris à Paris ; Marie-Ange Susini se montrant relativement optimiste. Va-t-on assister à une reprise du CREPS par la Collectivité territoriale, voire par le conseil général de la Corse-du-Sud ? « Pour l’instant, ce n’est pas d’actualité, estimait la chargée des sports à l’exécutif. Ce qu’il faut avant tout obtenir, c’est que le projet de suppression soit abandonné ».
En tout cas, du côté des élus (Simon Renucci, le député-maire d’Ajaccio a immédiatement posé une question écrite à l’Assemblée nationale), comme des syndicats, des partis et de la population, on est unanimes : la suppression du CREPS Corse est une décision absurde.
Pour ce qu’on en sache, outre des économies dans le domaine sportif, comme dans d’autres, ce serait le manque de filière d’accès au haut niveau sportif (le CREPS ne dispose, ici, que de deux pôles espoirs : judo et football) qui aurait pénalisé l’institution sportive. Tout cela en oubliant que le CREPS n’est pas simplement un outil chargé de préparer les sportifs de haut niveau, mais surtout un organisme de formation de moniteurs dans des domaines qui, justement, sont ceux qui intéressent la Corse et dont elle a de plus en plus besoin. En effet, les sports de nature ne cessent de se développer dans l’île, attirant, chaque année de plus en plus de monde. Auparavant, il fallait se rendre sur le continent pour passer des brevets d’accompagnateur de moyenne montagne, de plongée, de voile ou de canyoning, depuis plusieurs années ces formations existent en Corse grâce au CREPS. Sans parler des formations de coaching, d’animateurs socio-éducatifs, voire d’informatique, que dispense également le CREPS.
Rappelons qu’à l’origine, cette institution était chargée de former les professeurs d’éducation physique qui, maintenant, le sont dans les universités. C’est cette expérience qui, ensuite, l’a mené à ce que l’on appelle la « formation aux métiers du sport et de l’aventure ». Métiers à qui, c’est une évidence, la Corse offre un « terrain d’entraînement idéal puisque, c’est une banalité de le rappeler, ici on a la montagne, les rivières, la mer, le vent et cela dans toutes les conditions météorologiques. Et ce n’est pas un hasard si, sur le continent, nombre de futurs moniteurs viennent en Corse faire leur formation. Parfois, dans certains secteurs, ils sont même plus nombreux que les Corses. C’est le cas également de la majorité des formateurs du CREPS qui eux viennent aussi du continent et sont installés ici. Eux – ils sont 24 – ne risquent pas de perdre leur boulot puisque payés par le ministère des sports, ils sont titularisés et se verront proposer d’autres postes. Ce qui ne les enchante guère et les pousse, eux aussi, à contester la suppression de l’établissement. Le reste du personnel – 13 contractuels – qui, lui, est majoritairement issu de Corse, risque de perdre son travail et s’en trouve d’autant plus mobilisé.
Outre les formations déjà citées, d’autres ont par ailleurs été récemment mises en place en vue de l’obtention de nouveaux diplômes : technicien cordiste en montagne, brevet professionnel d’activités nautiques (kayak de mer) et même un brevet de pêche loisir. Le CREPS met par ailleurs en place un brevet d’État de football 1er degré, un autre destiné aux sports collectifs (hand-ball et volley-ball) ainsi qu’une préparation au brevet d’accompagnateur en moyenne montagne.
Tout cela alors que les « pôles espoirs », judo et football qui, eux, préparent des sportifs de haut niveau, continuent à fonctionner. Au total, ce sont 120 sportifs qui sont regroupés dans ces pôles, qu’ils soient externes ou « internes », donc logés au CREPS (il y a environ 80 places). Ils alternent leurs activités scolaires et sportives, le tout en étant suivis par des médecins et divers éducateurs spécialisés. Les pôles peuvent par ailleurs recevoir des sportifs du continent, lors de stages, c’est ce qui s’était passé lorsque l’équipe de France féminine de judo était venue passer un moment en Corse.
Le CREPS accueille également le centre de formation de l’ACA ainsi que divers autres clubs sportifs de la région qui viennent s’entraîner sur son stade, son gymnase ou sa salle de musculation (voir encadré). En effet, ces dernière années, grâce à l’aide de financements de la Collectivité territoriale ou du conseil général Corse-du-Sud, les locaux du CREPS n’ont cessé de se développer ; la dernière tranche des travaux n’étant pas, d’ailleurs, terminée.
À la fin du mois de décembre, il était trop tôt pour savoir ce que toutes ces infrastructures vont devenir en cas de maintien du projet de suppression. Des discussions ont lieu, ce mois-ci, entre toutes les parties concernées. Pour l’heure, le préfet de région s’est contenté d’affirmer que le CREPS corse « fera l’objet d’une restructuration conduite en étroite collaboration avec les collectivités locales auxquelles il sera proposé un nouveau partenariat aux termes duquel l’État n’aura plus à assurer l’essentiel des activités sur le site ». Alors ? Retrait du projet ? Prise en charge du CREPS par la Collectivité territoriale ? Ou intégration dans une proposition oubliée du fameux PADDUC : la création d’une Maison des sports