La chine se prépare

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JO : la Chine se rêve en superpuissance sportive
Pékin prépare dans ses écoles de sport des athlètes capables de remporter des médailles d’or aux JO dans toutes les disciplines.
Cinq kilos et 58 centimètres. Des jambes énormes, un crâne massif et les pieds d’un enfant de trois ans. Le 12 septembre 1980, le jour de sa naissance dans l’hôpital n° 6 de Shanghai, Yao Ming était déjà une réussite pour les autorités chinoises qui cherchaient depuis longtemps à produire un champion hors norme, capable de mener leur équipe nationale de basket défaillante sur les terrains des grandes compétitions internationales. « L’opération avait été lancée plusieurs mois plus tôt », comme le révèle Brook Larmer dans son livre éponyme publiée aux éditions Gotham Books. Pour générer leur géant, les cadres du sport chinois avaient organisé la rencontre puis « encouragé » l’union de deux des plus grands joueurs de leurs équipes nationales. Da Yao et Da Fang, le grand Yao et la grande Fang comme les appelaient leurs coéquipiers, se sont laissé convaincre pour le bien de la nation.

Moqué par les autres enfants, le prodige mesurant 1,70 mètre à huit ans est pris en charge avant son neuvième anniversaire par des entraîneurs et des médecins qui testent sur lui de mystérieuses concoctions pour assurer une croissance réussie. Aujourd’hui âgé de vingt-six ans, Yao Ming mesure 2,29 mètre et pèse 140 kilos. C’est le pivot vedette de l’équipe des Houston Rockets, l’un des sportifs les plus courtisés par les grandes marques internationales et un héros au pays. L’an prochain, il va devoir mener l’équipe olympique chinoise sur l’une des marches du podium des Jeux de Pékin. Le Parti n’en attend pas moins.

Assoiffée de reconnaissance internationale, la Chine se rêve en plus grande puissance sportive mondiale. A l’occasion des Jeux de 2008, elle compte démontrer sa force en battant pour la première fois les Etats-Unis, régulièrement dominateurs sur les podiums olympiques. A Athènes, lors des derniers JO, elle avait terminé deuxième avec 63 médailles, dont 32 d’or, derrière l’équipe américaine, qui avait amassé 103 médailles, dont 35 en or. « Nous avons précisément analysé notre performance en Grèce et aux précédents Jeux de Sydney. Nous pensons que nous pouvons atteindre les mêmes standards en 2008, mais il serait bien entendu bien de faire mieux », expliquait fin mars Liu Qi, le président du comité d’organisation des Jeux de Pékin, également membre du politburo du Parti communiste chinois et leader de la formation dans la capitale.

Une affaire politique
Dans ce pays, le sport reste une affaire politique. Sous le règne de Mao Tsé toung, Pékin boycotte toutes les olympiades et autres compétitions internationales pour protester contre la participation d’athlètes de Taiwan, l’île « renégate » qu’il compte toujours rattacher à son territoire national. Après le lancement de sa politique d’ouverture à la fin des années 1970, les stades étrangers sont doucement redécouverts. En 1984, ses sportifs se rendent ainsi aux Jeux de Los Angeles, où l’équipe féminine de volley emporte la médaille d’or. L’engouement des masses pour cette victoire donne des idées aux dirigeants communistes, alors lancés dans un démantèlement systématique, mais non avoué, du maoïsme, qui a cimenté, de gré ou de force, le pays pendant près de trente ans. Apparemment dépolitisé, le sport va s’imposer comme le nouveau vecteur de la cohésion nationale dans une Chine en plein bouleversement économique et social. Chaque médaille, chaque retentissement de l’hymne national, chaque montée du drapeau rouge doivent permettre d’exacerber la ferveur patriotique et de conforter le pouvoir du parti unique. La formule a été éprouvée dans les dictatures de l’ex-bloc soviétique.

Dès lors, les autorités organisent méthodiquement leur conquête de titres. Comme ils le font en économie, les officiels ont recours à beaucoup de transferts de savoir-faire pour briller dans des disciplines inconnues dans le pays. Traditionnellement performant dans certains sports peu médiatiques en Occident (tir, haltérophilie, plongeon, badminton…), ils recrutent près d’une quarantaine d’entraîneurs étrangers pour tenter de compter dans les épreuves de football, de softball ou de basket, encore trustées par les grands pays occidentaux. Dans plusieurs disciplines, en natation notamment, les fédérations prépareraient, dans le secret, des équipes n’ayant encore participé à aucunes grandes compétitions internationales afin de surprendre leur adversaires en 2008.

Toujours à la recherche d’étoiles potentielles, le gouvernement a surtout tissé, au fil des ans, un fin réseau de détection de jeunes talents couvrant tout le pays. Plus de 4.000 écoles de sport ont ainsi été créées, dont 212 établissements « professionnels » organisés par spécialités. Elles recrutent les meilleurs éléments des écoles primaires et des écoles de district pour accompagner leur développement jusque dans les équipes provinciales puis nationales.

Sélection par la morphologie
Dans le centre de Pékin, juste au nord de la Cité interdite, l’école de Shichahai a ainsi formé plus d’une trentaine de champions internationaux, dont sept médaillés olympiques. Leurs noms et leurs titres sont gravés sur un massif bloc de marbre noir planté à l’entrée des gymnases. Feng Kun, la championne de volley, est passée par l’établissement comme Zhang Yining, la double médaillée d’or de tennis de table aux Jeux d’Athènes, mais aussi Luo Wei, qui domina la compétition féminine de taekwondo en Grèce.

« 400 élèves s’entraînent professionnellement ici. Les plus jeunes ont six ans », explique Shi Fenghua, la vice-directrice de l’établissement spécialisé dans la boxe, la gymnastique, différents arts martiaux, le tennis de table ou encore le badminton. Les petits athlètes, qui ont rarement choisi leur discipline mais ont plutôt été sélectionnés en fonction de leur morphologie, vivent tous dans l’enceinte.

Le matin, ils suivent des cours classiques. L’après-midi, ils s’entraînent. Dans la vaste salle des agrès, des fillettes répètent, sans un bruit, leurs sorties de poutre. Longs cheveux tirés en queue de cheval, justaucorps noir. Pas un regard ou un sourire pour les visiteurs. Les garçons d’à peine dix ans, déjà musculeux, sont regroupés autour du cheval d’arçon au fond de la salle où est accroché un large drapeau chinois. Les ordres des entraîneurs tombent sèchement. « Recommence. Encore. »

Partout, sur les murs, des banderoles rouges de propagande appellent les enfants à « partir à la conquête du monde ».

YANN ROUSSEAU