Compétences politiques et sportives …..

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Laporte : « Sarkozy et moi »
Propos recueillis par Stéphane JOBY et Solen CHERRIER
Le Journal du Dimanche

Sans attachement politique affiché, cet article fait réfléchir sur ce qu’un entraîneur d’une équipe de France est capable d’apporter au MJS. Même si son mandat prend éffet aprés la coupe du Monde, est ce possible de devenir ministre et passer des spots « pub » en continu sur le jambon « Madrange »….
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Bernard Laporte est dans une situation inédite. Sélectionneur du XV de France, il mènera ses troupes lors de la Coupe du monde de rugby, avant de devenir secrétaire d’Etat aux Sports. Depuis sa nomination, il n’avait jamais donné d’entretien en tête à tête. Il s’est confié au Journal du Dimanche, sur les Bleus, sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, son image, son avenir.

Dans un mois, la Coupe du mondeQue serait une Coupe du monde réussie ?
Au-delà de la victoire bien sûr, il s’agit de créer une dynamique. Il serait prétentieux de dire qu’on peut créer la même passion que le football en 1998. Mais les Français ont besoin de vibrer et le sport permet cela. J’espère qu’on apportera nous aussi du bonheur. Cela se fera de manière spontanée. On est encore loin de l’événement, mais ça commence à venir. Lors de nos stages à Val-d’Isère et Font-Romeu, on a senti une attente. Quand je rentre chez moi à Arcachon, tout le monde m’en parle.

Il y a une star dans le XV de France: vous. Comment le vivez-vous ?
Je ne sais pas pourquoi je suis aussi médiatique. Peut-être parce que je dégage des valeurs de proximité. J’aime les gens. Sincèrement, j’aimerais que mes joueurs soient davantage mis en avant. Je suis content quand certains passent à la télé, comme Sébastien Chabal aujourd’hui. Il n’y a pas de sport professionnel sans personnalités sur le devant de la scène.

Aimez-vous l’image que les Guignols de Canal+ renvoient de vous ?
Je les ai vus deux fois dans ma vie. Je connais davantage Nicolas Canteloup mais je n’arrive pas à savoir s’il m’imite bien. Aujourd’hui, il parle du rugby à travers moi. Demain, ce sera un autre. On n’est que de passage.

Vous n’allez quand même pas dire que vous êtes gêné d’être mis en avant…
Non. Mais quand je bois un apéritif avec des amis et que je vois un photographe avec un téléobjectif, comme le week-end dernier, ça me gonfle. Mais je sais que c’est un feu de paille, que ce n’est pas la vraie vie. Je suis un petit-fils de paysan, ça me donne un ancrage. Star ou pas, on termine tous au même endroit.

« Le 6 mai, j’ai été convié à vivre sa victoire de près. Je me suis mis dans un coin de son bureau et j’ai savouré un des moments les plus émouvants de ma vie »

De quand date votre rencontre avec Nicolas Sarkozy ?
C’était il y a cinq ans à Arcachon, où j’ai ma maison. Nicolas était en vacances. Ses gardes du corps lui avaient dit m’avoir vu. Il a dû dire: « Tiens, qu’il passe me saluer. » Et voilà ! Depuis, on a fait des dîners chez lui, on est allé au restaurant, etc. Nicolas est quelqu’un de très fidèle, qui appelle régulièrement. Moi plus rarement, parce que je ne veux pas le déranger. Il partage les valeurs que j’aime, celles du rugby: partage, solidarité, entraide. Et son charisme ! Je n’ai jamais croisé un mec qui en avait autant.

Quand a-t-il parlé de vous confier le portefeuille des Sports ?
Quand on courait sur la plage, il y a un an. J’étais fier, mais je me disais que c’était encore loin. J’avais la Coupe du monde dans la tête. Lui me disait toujours: « Bernard, il te faudra choisir. » Et puis ça s’est concrétisé. Le 6 mai, j’ai été convié à vivre sa victoire de près. Je me suis mis dans un coin de son bureau et j’ai savouré un des moments les plus émouvants de ma vie. J’avais les larmes aux yeux. J’étais comme un petit enfant. C’est beau de voir un mec heureux d’atteindre son objectif.

Finalement, vous n’avez pas eu à choisir…
Il a compris que je ne pouvais pas partir en pleine préparation à la Coupe du monde. Je suis encore plus fier qu’il ait accepté de m’attendre.

Potassez-vous vos dossiers ?
Je ne potasse pas les dossiers, je m’informe sur ce qu’est une fédération, sur l’organisation du ministère. Je lis la législation, les rapports hebdomadaires de mon directeur de cabinet. Je me suis seulement occupé de Boris Diaw [le basketteur privé d'équipe de France par son club pour un problème d'assurance]. Plus par sympathie – je le connais d’Arcachon, où il a une maison – qu’à cause de ma future fonction. Je l’ai mis en contact avec un assureur, j’espère que ça va déboucher sur une solution. J’ai aussi reçu le président de la fédération de surf. Il m’a exposé ses problèmes, je veux l’aider à les résoudre.

Si la France va en finale le 20 octobre, vous enchaînerez dans la foulée ?
J’espère que j’aurai un jour de repos ! Mais oui, je vais enchaîner et c’est bien comme ça. Ça m’excite de passer directement à un autre challenge. Je n’aurai pas le temps de gamberger.

Quel sera votre premier dossier ?
Je ne sais pas encore. Certains seront un peu costauds.

Lesquels ?
Déjà , je serai supporter de l’équipe de France féminine de handball, qui joue le Mondial à domicile en décembre. Après, il y a la préparation des Jeux de Pékin. Il y a aussi les problèmes de Val-d’Isère, qui organise les championnats du monde de ski en 2009. Je rencontrerai Frédéric Thiriez [président de la Ligue de football professionnel] pour parler des questions qui le concernent. Il ne veut pas notamment que les droits télé de la Ligue 1 baissent. Ça me paraît logique…

Quel peut être votre rôle dans cette affaire ?
Je n’en sais rien. Etre à l’écoute, essayer de trouver un terrain d’entente… En fait, j’ai envie de découvrir tout ça parce que je ne connais pas.

Parmi les dossiers chauds, il y a le dopage, qui a miné le Tour de France.
Bien sûr. Tout le monde doit s’y mettre. Les organisateurs du Tour ont été courageux et il faut les aider. Mais ils doivent aussi mettre de l’eau dans leur vin. Est-ce que les étapes ne sont pas trop dures ? Est-ce qu’il ne faudrait pas plus de jours de repos ? Je ne sais pas, je pose la question. J’ai été surpris aussi que l’UCI sorte des affaires en plein Tour. Comme je suis surpris de l’absence de contrôles antidopage [sanguins] pendant la Coupe du monde de football.

Il n’y a eu aucun contrôle depuis le début de la préparation à celle de rugby…
En France, il y a un suivi longitudinal: le joueur ne peut pas se doper. Enfin si, mais il sera pris. Mais que se passe-t-il en Nouvelle-Zélande ou en Angleterre ? On n’est sûr de rien. La seule certitude, c’est qu’il y a des contrôles lors des matches internationaux. Certes, ils ne sont qu’urinaires et il faut certainement aller plus loin. Plus il y a un rugby d’élite, comme dans l’hémisphère Sud, plus on s’expose au dopage.

Allez-vous défendre le monopole de la Française des Jeux ?
Une partie de ses recettes finance le Fonds national de développement du sport. Cela représente 240 millions d’euros. Cet argent-là , on en a besoin pour développer les infrastructures. Bruxelles a tranché, je ne défends pas ce monopole. Mais on a besoin de cet argent, qu’il vienne de la Française des Jeux ou d’ailleurs.

Les menaces de grève pendant la Coupe du monde vous inquiètent-elles ?
Je trouve regrettable de se servir d’un événement pour manifester ses intérêts. C’est être faible.

« Je ne me suis pas engagé à droite, je suis devenu sarkozyste. J’ai voulu tout savoir sur lui, ses idées, ses bouquins »

Comment votre famille, ancrée à gauche, réagit-elle à votre entrée dans un gouvernement de droite ?
C’est vrai que mes parents sont socialistes, j’ai baigné là -dedans. En 1981, à 17 ans, je collais des affiches pour Mitterrand. Cela leur a fait drôle au départ de savoir que je soutenais Nicolas alors qu’eux sont allés au meeting de Ségolène Royal. Mais, comme tous parents, ils ont pleuré de fierté à ma nomination. Ils respectent mes opinions et réciproquement.

Allez-vous adhérer à l’UMP ?
On verra. Pourquoi pas ? Je ne me suis pas engagé à droite, je suis devenu sarkozyste. J’ai voulu tout savoir sur lui, ses idées, ses bouquins. Ce qui m’a convaincu, c’est son engagement à vouloir combattre les problèmes. Dans l’absolu, j’aurais très bien pu être séduit par une personnalité de gauche.

Ne craignez-vous pas de vous brûler au contact de la politique ?
Peut-être qu’il y a du danger, mais je ne suis pas calculateur. J’ai envie de vivre cette mission à fond. Parler avec des présidents de fédé, aller encourager des athlètes, je sais que je vais adorer. La politique, c’est autre chose: s’engager, entrer dans le débat, aller devant les électeurs. Je ne sais pas si ça me plaira.

Vous comptez vous présenter à des élections ?
Pour le moment, il n’en est pas question. Pour les municipales l’année prochaine, c’est non à 100%. Je n’ai pas de plan de carrière. Je n’avais jamais imaginé être entraîneur du XV de France, ni secrétaire d’Etat. La politique est un nouveau métier que je dois découvrir.

Etes-vous d’accord sur tout avec Sarkozy, son ministère de l’Immigration et de l’Intégration par exemple ?
Il faut toujours être d’accord avec son patron [sourire].

Allez-vous abandonner toutes vos affaires ?
Je reste actionnaire de casinos, de campings, de restaurants, mais je ne serai plus gérant. Ma société de communication va s’arrêter. Je ne ferai plus de séminaires, de publicités, c’est incompatible. Je vais perdre beaucoup d’argent. Ce n’est pas grave. Le métier qu’on me propose vaut tout l’or du monde.

Arnaud Montebourg dénonce un conflit d’intérêts, les casinos devant recevoir l’agrément du ministère de l’Intérieur ?
C’est qui Montebourg ? [On lui explique que le député de Saône-et-Loire était le porte-parole de Ségolène Royal.] Ah ? Je ne le connaissais pas, sincèrement. D’abord, je ne serai pas ministre de l’Intérieur. Qu’il sache aussi qu’il y a des lois sur le jeu, que c’est une des professions les plus surveillées. Il n’y a pas de passe-droits. On peut me chercher des poux, on ne trouvera rien.