Bilan et propositions

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Dans l’ombre de Roselyne Bachelot, sa ministre de tutelle, le secrétaire d’Etat aux Sports, en poste depuis trois mois, tente de se frayer une place en politique. Pas si facile…

Quel premier bilan dressez-vous de votre action au sein du gouvernement ?
Voilà trois mois que je suis en poste. Ça se passe plutôt bien. Désolé pour tous les sceptiques qui pensaient qu’on allait se battre avec Mme Bachelot (NDLR : ministre de la Santé). Ce n’est pas le cas. Et à ceux qui m’ont chahuté, sifflé ou conspué sur les bancs de l’Assemblée nationale (il fait allusion aux députés du PS), je leur dit qu’ils devraient plutôt faire du sport et du rugby. Ça leur ferait beaucoup de bien.

Vous semblez surpris par ce nouveau monde que vous découvrez
Je trouve cette attitude navrante, désolante. Vous imaginez François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy agir ainsi ? Cela montre qu’à l’Assemblée il n’y a pas que de grands hommes.

Et concrètement, où en sont vos réflexions en matière sportive ?
Moi, je suis un pragmatique. Mais par moments je m’y perds un peu. La priorité, c’est donc l’organisation. Un constat : dans les sports olympiques, nous ne cessons de régresser. La France était 5e mondiale en 1996, 6e en 2000 et 7e en 2004. Si on peut progresser, tant mieux. Mais d’abord ce serait bien de ne pas reculer en 2008. On a quand même beaucoup de difficultés à se qualifier pour les JO. Pourquoi, par exemple, lors des trois dernières éditions, il n’y a pas eu d’équipe de football ?

Et que préconisez-vous alors ?
Avant de parler argent, il faut bien réfléchir. Savoir si nous sommes ou non sur la bonne voie. Il faut apprendre à mieux se structurer, intensifier l’accessibilité aux filières de haut niveau. Est-ce le cas aujourd’hui ?

Un exemple ?

Et pourquoi ne pas créer une loi européenne où dans chaque club l’on puisse recenser 70 % de joueurs français ? Il est temps de se réveiller. Quand on est professionnel, on ne se rend pas compte de la vraie vie. C’est quand on se déplace dans des quartiers difficiles que l’on touche la réalité des choses.

Quel doit être le rôle de l’Etat dans tout cela ?

L’Etat doit être le garant du sport de haut niveau en collaboration avec le mouvement sportif. On dit que le sport doit représenter 3 % du budget de l’Etat. Ce serait l’idéal, mais l’Etat ne doit pas tout financer.

Cela veut dire quoi ?
Cela veut dire qu’il faut aller chercher l’argent là où il est. Si les entreprises privées sont intéressées, peut-être qu’elles viendront aider les jeunes.

Allez-vous nous sortir, vous aussi, un plan banlieue ?

Non, pas question. Je n’ai jamais dit ça. C’est Fadela Amara (secrétaire d’Etat auprès de la ministre du Logement et de la Ville) qui en a la primauté. Chacun à sa place.

Sur un tout autre terrain, que pensez-vous de la nomination de Marc Lièvremont au poste de sélectionneur du XV de France ?

Le plus grand bien. C’était un grand joueur, ce sera un grand sélectionneur. Il a déjà eu de bons résultats avec Dax.

Pour conclure, l’Euro 2016, est-ce votre dernier cheval de bataille ?
Nous avons nommé Philippe Séguin pour piloter la commission « stades ». Au niveau infrastructures, on est en retard de vingt ans. Des stades de 40.000 places, on en dispose que de cinq, contre par exemple quinze chez les Anglais ou les Allemands. Depuis 1998, on fait du saupoudrage. Cet Euro 2016, on le veut. Mais il faut rattraper le temps perdu. Je suis déterminé à mener toutes ces réformes à leur terme. Pour les jeunes et leur avenir.

 Propositions

Partant du constat que le sport français est en recul, le secrétaire d’Etat chargé des Sports Bernard Laporte entend analyser puis réorganiser la filière du haut niveau.

« Aux Jeux olympiques, on était 5es nation en 1996, 6e en 2000, 7e en 2004, combien allons-nous être en 2008? On ne fait que reculer. Nous devons nous poser la question de savoir si nous sommes dans la bonne organisation en terme de filière d’accès au haut niveau », a déclaré l’ex-sélectionneur du XV de France vendredi lors de ses voeux à la presse.

Il va effectuer un bilan avec Fabien Canu, chargé de la préparation olympique, et aussi avec les Directeurs technique nationaux.

Il s’étonne que le football français ne soit plus qualifié pour les JO depuis trois Olympiades et s’interroge sur la déperdition des talents constatée par exemple en rugby, où les talentueux moins de 21 ans champions du monde ont du mal à percer en clubs.

« Si les jeunes ne se font pas leur place en clubs, ils régressent, c’est un constat », dit Laporte, qui explique le problème notamment par le grand nombre d’étrangers évoluant en France.

Bernard Laporte entend saisir l’Europe sur ce problème en profitant notamment de la prochaine présidence française de l’UE.

« Pourquoi au niveau européen on ne mettrait pas en place une loi qui dise que tous les clubs doivent présenter au moins 70% de joueurs nationaux, donc 70% de joueurs français dans les clubs français », dit-il. « On va profiter de la présidence française de l’UE pour le mettre à l’ordre du jour. »

Laporte regrette qu’en basket les « excellents joueurs » français ne soient pas qualifiés pour les prochains Jeux de Pékin. « Quand ils partent en NBA, sont-ils assez disponibles pour des stages? », demande-t-il.

Bernard Laporte affirme que l’Etat doit garder la mainmise sur la politique du sport de haut-niveau mais aussi sur le sport de masse. Il estime cependant qu’au niveau financier, le secteur privé doit devenir le moteur de la croissance en matière sportive.

« Un élément indispensable, c’est le financement par le privé. Il faut une incitation fiscale pour les entreprises », a-t-il dit. « Je veux aider ceux qui veulent investir dans le monde du sport, mais cela ne doit pas se faire dans des circuits parallèles, mais en collaboration avec les Fédérations. »

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait dit qu’il comptait que le sport atteigne 3% du budget de l’Etat. « Le président a parlé de 3% du budget réservé au sport, mais il n’a pas été dit que c’est l’Etat qui doit les mettre (les finances) », précise-t-il.

Bernard Laporte souhaite aussi que la France rattrape son retard en matière d’infrastructures sportives, pour pouvoir notamment présenter une candidature solide pour l’organisation de l’Euro 2016 de football.

« On ne peut pas se contenter de cinq stades de 40.000 places alors que l’Allemagne en possède 15, l’Italie 12 et l’Angleterre dix », analyse-t-il. « Outre la capacité, l’Angleterre se distingue pour la capacité d’accueil, la modernité, le confort et la sécurité. Les Anglais ont avancé avec des partenaires privés, les Allemands et les Suisses aussi. » AP