« Devenir le troisième sport en France »
Handball . Après l’or olympique, la Fédération française aimerait bien surfer sur ce succès médiatique. Entretien avec Jean-Pierre Feuillan, vice-président.
En charge de la communication et du marketing à la FFHB, Jean-Pierre Feuillan espère, cette fois, que le handball ne va pas retomber dans l’anonymat après son succès aux JO. Il nous dévoile les stratégies mises au point pour y parvenir.
L’équipe de France de handball a eu, cette fois, sa part de lumière en décrochant cette 40e et dernière médaille…
Jean-Pierre Feuillan. C’est exact, avec cette dernière médaille, qui plus est en or, et un match que les joueurs ont maîtrisé de bout en bout. Au-delà du résultat, cette équipe dégage une telle solidarité et une capacité à mettre l’ambiance qu’un élan de sympathie est né dans le pays. Bien sûr, il y a quelques débordements, comme le démontage du studio de Canal Plus, mais cela marque l’esprit des gens (rires).
à la prime de 50 000 euros offerte par le ministère des Sports pour chaque médaille d’or, la Fédération française de handball a décidé d’ajouter la même somme, pourquoi ?
Jean-Pierre Feuillan. C’est un accord qui avait été passé avec les joueurs avant les JO pour les motiver encore plus afin qu’ils remportent cette compétition qui nous fuyait depuis toujours. Cela concerne les quinze joueurs plus l’entraîneur. Ensuite, quatre autres primes sont réparties entre les différents membres du staff. Au total, cela aurait dû coûter un million d’euros à la fédération, mais comme nous avions contracté une assurance auprès de notre assureur (MMA – NDLR) pour couvrir une partie du risque, la fédération déboursera environ 400 000 euros.
Après l’accueil à Roissy, la descente des Champs-Élysées et l’accueil à l’Élysée, comment allez-vous faire pour ne pas retomber, une fois de plus, dans un certain anonymat ?
Jean-Pierre Feuillan. Dans un premier temps, notre plan de communication est orienté vers nos ligues régionales, nos comités départementaux, nos clubs, en diffusant des outils (affiches, cartes postales, tee-shirts…) pour qu’ils puissent communiquer auprès des écoles, du grand public, afin d’augmenter le nombre de licenciés (370 000 en 2008 – NDLR). Ensuite, on va restructurer le service marketing-communication de la fédération – c’était déjà envisagé avant de décrocher ce titre – pour mieux définir nos stratégies et ainsi mieux communiquer. Enfin, il ne faut pas se voiler la face, ce n’est pas que la fédération qui fera la communication : on a beau mettre en place des outils, avoir de la volonté, si in fine les médias ne nous suivent pas, on n’y parviendra pas, car cette dernière étape, on ne la maîtrise pas.
Allez-vous poursuivre votre collaboration avec l’agence Carrat Sport avec qui vous êtes liés depuis deux ans ?
Jean-Pierre Feuillan. Nous n’avons pas renouvelé notre contrat (conseil et assistance en communication) qui arrive à terme le 4 septembre, car nous n’avons pas jugé les résultats suffisamment probants eu égard aux investissements. Cependant, nous continuerons à travailler avec eux : ils seront intéressés s’ils nous apportent de nouveaux partenaires au même titre que d’autres agences. En revanche, ponctuellement, pour bâtir des stratégies de communication, on lancera un appel d’offres.
Comment allez-vous financer tout cela ?
Jean-Pierre Feuillan. Aujourd’hui le budget de la fédération (15 millions d’euros) est constitué principalement (40 %) par les ressources statutaires (les licenciés), les ressources ministérielles (35 %) et enfin le financement privé (partenariats, 25 %). L’objectif pour la prochaine mandature (l’élection du nouveau président a lieu le 11 octobre – NDLR) est d’équilibrer les trois sources de revenus à un tiers chacune. J’espère que ce titre de champion olympique nous aidera à séduire de nouveaux partenaires privés. Les recettes marketing et droits divers sont, en effet, de 3 millions d’euros, ce serait bien que d’ici Londres 2012 on double cette somme avec un budget total de 18 à 20 millions d’euros.
Pensez-vous que le handball puisse devenir le premier sport de salle en France ?
Jean-Pierre Feuillan. C’est un objectif que nous nous fixons. On est conscient de la première place du football suivi par le rugby, mais on voit qu’il y a un vide sur le podium. Un vide qu’on se dispute avec le basket qui est en perte de vitesse et qui voit ses effectifs diminuer. Notre contrat de droits télé avec le groupe Canal Plus, qui diffuse les matchs de l’équipe de France (les rencontres de championnat sont gérées par la Ligue nationale qui a vendu les droits à Orange et Eurosport – NDLR), se termine en juin 2009. Nous allons travailler sur le prochain appel d’offres pour définir le nombre de lots et ce que nous y mettrons. Nous allons aussi rencontrer les différents diffuseurs. J’espère que cette médaille permettra la diffusion des matchs de l’équipe de France sur plusieurs chaînes comme y est parvenue la LNH pour le championnat.
Entretien réalisé par Nicolas Guillermin
