
Le sport féminin par excellence, aux yeux de Paule Baudouin, n’est autre que le volley-ball. Cette jeune femme, d’origine camerounaise, est pourtant joueuse internationale de handball et totalise 57 sélections et 116 buts marqués en équipe de France. « Les volleyeuses, elles sont si grandes, si fines, pas un cheveu ne dépasse, leurs tenues sont très féminines », décrit admirativement Paule Baudouin.
Le handball féminin, lui, est souvent confiné dans une image masculine. Alors, à l’occasion de la Coupe du monde, qui a lieu en France depuis le 2 décembre, toutes les joueuses retenues en équipe de France – Paule Baudouin n’en fait pas partie – ont posé en tenue de ville dans le cadre d’une campagne de leur fédération destinée à mettre en valeur leur féminité.
L’affiche de cette épreuve, sur laquelle on peut voir les pieds d’une joueuse, l’un chaussé d’une chaussure de sport, l’autre d’un escarpin à talon aiguille, illustre cette volonté. « On passe un peu pour des garçons manqués, alors on fait tout pour rester féminines, même sur les parquets, affirme Paule Baudouin. Il commence à y avoir des femmes arbitres, et dans mon club d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), nous portons des « cyclistes » au lieu des shorts traditionnels. Même nos genouillères sont adaptées. Tout ça nous donne une autre image et j’en suis fière. »
Cette démarche semble s’étendre à plusieurs sports, individuels ou collectifs, à travers des initiatives telles que les calendriers proposés par des équipes de rugby ou des joueuses de golf, ou des sites Internet sur lesquels certaines athlètes s’affichent dans des tenues plus ou moins éloignées de celles de leur discipline.
« Les sportives ne mesurent pas toujours qu’elles mettent la main dans un engrenage qui peut leur échapper », avertit cependant Chantal Amade-Escot, présidente de la Femix’Sports (Femmes mixité sports). Cette association, créée en 2000 à la suite des premières Assises nationales femmes et sports, organisées par le ministère de la jeunesse et des sports, se donne pour objectifs de « promouvoir et défendre l’accès des filles et des femmes aux pratiques sportives et aux postes de dirigeants, de dénoncer les comportements discriminants, d’intervenir contre leurs auteurs et d’exercer une influence auprès des institutions et des médias pour faire évoluer la place des femmes dans le sport ».
Au cours d’un débat organisé par Femix’Sports, mercredi 12 décembre, dans le contexte d’un colloque de l’Institut national du sport et de l’éducation physique (Insep) sur le sport féminin et de la Coupe du monde de handball, plusieurs sportives de haut niveau ont témoigné des différentes formes de discrimination dont elles sont victimes. Au premier rang d’entre elles, la « sous-médiatisation » et certains effets qu’elle génère, « pipolisation, sexualisation et trivialisation ».
Selon une enquête citée par Femix’Sports, la pratique sportive féminine représentait en France, en 1999, que 16 % des articles des pages sports de la presse nationale, 24 % de la presse régionale, 4 % de la presse spécialisée, 2,5 % de la presse féminine, 15 % de L’Equipe, 16 % de la presse fédérale.
Selon une enquête réalisée au mois de novembre, cette proportion tombe à 4,25 % en moyenne dans les quotidiens L’Equipe, Le Parisien, Le Figaro et Le Monde. Les femmes, précisent les responsables de Femix, représentaient pourtant 36,7 % de la délégation française aux Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, mais 51,51 % des médailles remportées, et 34 % des sportifs de haut niveau français, en 2006.
« L’objectif de la pratique du sport n’est pas la médiatisation mais, quand on s’investit beaucoup, on attend plus de retombées », estime Sandrine Soubeyrand, capitaine de l’équipe de France de football, 123 sélections. « Les médias nous apportent une reconnaissance qui suscite l’intérêt des sponsors sans lesquels nous avons du mal à poursuivre notre carrière », ajoute la gymnaste Isabelle Severino.
Jean-Louis Aragon-Le Monde
Article paru dans l’édition du 15.12.07.