
Démissionnaire du bureau fédéral et ancien président de la Ligue de Lorraine, Alain Serri est de nouveau candidat au sommet du basket français. Pas par orgueil mais pour soutenir le n°1 sortant, Yvan Mainini, en barrant la route au prétendant Frédéric Jugnet. Entretien choc qui illustre tout le malaise au coeur d’un panier de crabes.
• Vous aviez une place importante à la fédération (président de la chambre d’appel) et vous dirigiez la Ligue régionale avant de tout plaquer. Vous revoilà…
« Oui, j’avais réellement et sérieusement tourné la page. Quand je passe la main en juin dernier, je ne songe pas une seule seconde être candidat à la Fédération six mois plus tard. »• Alors, question évidente : pourquoi ce retour ? « Pour combattre Frédéric Jugnet (secrétaire général actuel et principal opposant à Yvan Manini, le président) que j’ai toujours combattu. J’ai quitté mes fonctions en disant : je pars parce que la Fédération est sclérosée et qui sclérosait la fédération ? Frédéric Jugnet. »
• Mais à l’époque, en démissionnant, vous aviez condamné Yvan Mainini que vous soutenez dorénavant !
« J’ai reproché à Yvan Mainini, justement, de laisser faire Frédéric Jugnet. J’ai protesté contre le mode de fonctionnement, pas contre l’homme. J’étais contre Yvan Mainini, en apparence seulement. J’ai même toujours été fidèle à ses idées en partageant ses idées sur le basket national et étranger. Penser que j’étais contre lui était une erreur. »
• Vous connaissez Frédéric Jugnet, votre ennemi juré, depuis 1994. Quels sont les motifs de votre campagne musclée ?
« Il se refuse à admettre que le basket peut se vivre d’une manière différente, qu’il peut être autre qu’un basket de patronage. Pour lui, les diversifications sont exclues. Il ne veut pas que le basket actuel s’accompagne d’un basket plus libre, sans carcan administratif, sans club, etc. »
• Un dirigeant anti-progrès ?
« Frédéric Jugnet est incapable de s’ouvrir ou de proposer quelque chose. »
• Un autre élément concret de votre courroux ?
« Le choix de l’entraîneur de l’équipe de France masculine. Pour lui et les siens, il doit être obligatoirement français ! Dans l’urgence sportive de la situation actuelle, on soutient qu’il faut prendre le meilleur, peu importe sa nationalité. C’est impensable pour Frédéric Jugnet. »
• Pour compléter son portrait, qu’ajouteriez-vous ?
« Il n’a pas de charisme. Or, un président doit en avoir. Ce n’est pas un rassembleur et un président doit avoir une vraie vision du basket comme un capitaine d’équipe capable d’obtenir une adhésion à 100 % avec des idées fortes. »
• Et la Ligue lorraine vous suit-elle ?
« J’en ai récemment discuté avec ses dirigeants. Frédéric Jugnet est perçu comme quelqu’un qui travaille beaucoup, ce qui est vrai, mais je lui ai dit aussi les dangers qu’accompagne son ambition. »
• Est-ce aussi un moyen, pour vous, de revenir en haut de l’affiche ?
« Non, je sais que j’ai peu de chances d’être élu, mon ambition est de faire barrage à Frédéric Jugnet avec comme moyens ma seule parole et mon vécu. Si je ne suis pas élu, ce n’est pas grave, il faut savoir bouger pour défendre certaines causes. »
• Votre « ennemi public » a-t-il des chances de triompher ?
« Totalement, tous les aigris et il y en a depuis seize ans (soit les mandats d’Yvan Mainini) qui n’ont pas eu tel poste ou tel voyage, sont derrière lui. Mais je souhaite qu’il demeure au bureau fédéral parce que c’est un bosseur. Simplement, il ne doit pas être président. »
Alain THIEBAUT.
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Une bataille politique en toile de fond
Ce n’est plus un secret : les fédérations sportives sont devenues des enjeux politiques.
Alain Serri dénonce les manoeuvres entourant cette élection présidentielle dans le basket français. « Frédéric Jugnet est piloté par l’UMP. » Il n’y va pas par quatre chemins, l’ancien arbitre international, pourtant connu pour ses sensibilités à droite… « Je ne m’en cache pas. Il faut quand même faire la part des choses et là, c’est n’importe quoi. Frédéric Jugnet vient d’être nommé délégué interministériel aux grands événements sportifs par le Président de la République, enfin le Premier ministre. Il faut savoir que M. Fillon et lui habitent tout près dans la Sarthe. » Le dirigeant lorrain d’étayer sa thèse en citant le nom de Bernard Depierre, le président de la Ligue de Bourgogne : « Un député UMP (qui préside le groupe d’étude sport à l’Assemblée nationale) qui a fait passer certaines choses dans sa gazette de la Cote d’Or, notamment la position du secrétaire d’Etat Bernard Laporte. » Yvan Mainini, au pouvoir depuis 1992, serait-il donc de gauche ? « C’est évident, mais on s’en moque. Ce climat est assez nauséabond quand on veut à ce point mélanger les genres. On marche sur la tête quand on pense à voter à droite ou à gauche lors d’une assemblée générale de fédération ! »
A. T.